Les officiers                  
                               
L'abbé
Abbé    

"Ce doux pasteur ne perturbait pas, par son obstination, la communauté à lui confiée, et il n'imposait pas comme s'il jouissait d'un pouvoir sans frein et injuste; mais il faisait tout en prenant conseil et dans l'observance de la règle"

Extrait de l'Anthologie de la vie quotidienne à l'abbaye de Villers-en-Brabant (12e-18e siècle) par Michel Dubuisson, à paraître

 

Des tâches spirituelles
L'abbé est la personne la plus importante du monastère. Il représente le Christ au sein de la communauté. Il joue dans l'abbaye la fonction d'un père. Lorsqu'ils entrent dans le monastère, les moines et les convers lui promettent obéissance. Il doit veiller à ce que la Règle soit respectée. C'est également lui qui donne l'enseignement aux moines. Il n'a pourtant pas un pouvoir sans limite sur ses moines! Il doit lui aussi se soumettre à la règle. Il ne peut prendre aucune décision importante sans l'accord des moines. L'abbé exerce en principe sa charge jusqu'à sa mort. Mais, il peut être appelé à de plus hautes fonctions : devenir évêque ou même pape. Il risque aussi de redevenir simple moine s'il y a de graves problèmes sous son abbatiat.

Des tâches temporelles
L'abbé s'occupe aussi de politique, de justice, d'administration, d'économie, … Le nombre de terres que possède l'abbaye augmente au cours du temps. Ces tâches vont donc prendre de plus en plus d'importance. A Villers, l'abbé va finalement devenir une véritable puissance politique.

L'abbé délègue une partie des charges de l'abbaye à des moines qu'il choisit et désigne pour la durée qu'il veut. Ces moines sont appelés Frères officiers.

Le prieur          
Le prieur est le bras droit de l'abbé. Il remplace celui-ci lorsque il est absent. Il veille à ce que les décisions de l'abbé soient correctement appliquées au sein de l'abbaye. Son pouvoir augmente fortement au cours du temps car l'abbé est de plus en plus absent en raison de ses obligations temporelles.

Le prieur est aidé dans sa tâche par le sous-prieur. Lorsque le prieur et l'abbé sont tous les deux absents, le sous-prieur est le chef de l'abbaye. Le sous-prieur a une charge à exercer même en présence de ses deux supérieurs : réveiller les moines qui s'endorment lors des vigiles!
Prieur
Le cellérier
Cellérier
Le cellérier a la charge de la gestion des biens de l'abbaye. C'est lui qui reçoit les donations faites à l'abbaye et les revenus des différentes granges. Il peut aussi exercer un contrôle direct sur les exploitations dépendantes de l'abbaye. Pour toutes les affaires courantes, c'est lui qui prend les décisions. Pour les affaires plus importantes par contre, il s'en réfère à l'abbé.

Dans les cuisines, il surveille la préparation du repas des frères. Durant le repas, il se promène dans le réfectoire afin de veiller à ce qu'aucun moine ne manque de ce à quoi il a droit. Le cellérier a également autorité sur les convers : il préside leur chapitre.
                       
Le maître des novices      
Le maître des novices a la charge d'assurer la relève de la communauté. Les novices sont les futurs moines qui sont en apprentissage à l'abbaye. Le maître des novices vit avec eux dans le noviciat. Il leur enseigne la Règle de saint Benoît et les coutumes de l'abbaye.

Lorsque les novices ont fini leur apprentissage, ils font leur profession. Ce jour-là, au chapitre, leur maître leur lit la Règle. Ensuite, il leur enlève leurs vêtements de laïcs et les couvre de l'habit des moines, la coule. Il tient aussi le parchemin sur lequel est écrit l'engagement du novice et l'encre pour le signer. Après la signature, les nouveaux moines vont demander les prières de tous les autres moines. Ensuite, le maître des novices leur montre les places qui leur ont été attribuées dans le dortoir.
Maître des novices
Le chantre              
                       
Chantre

Le chantre est la personne responsable du chœur lors de l'office et de la bibliothèque, appelée armarium. Comme le sous-prieur, le chantre est chargé de surveiller que les moines ne s'endorment pas durant les offices. Il est aussi responsable des livres du chœur et des livres nécessaires au chapitre: Règle de saint Benoît, martyrologe, nécrologe,…

Il note également quelles sont les personnes désignées pour les lectures à l'église, au chapitre ou encore au réfectoire.

Enfin, il prête des livres aux moines qui lui en demandent. Le chantre joue également un rôle de secrétariat au sein de l'abbaye.

 
                         
Le sacristain                
                         

Le sacristain est la personne responsable du temps au sein de l'abbaye. C'est lui qui s'occupe de la clepsydre, un instrument qui sert à mesurer le temps. Lorsque, la nuit, il entend la sonnerie de la clepsydre, il sonne les cloches pour appeler les moines à l'église pour les vigiles. S'il sonne les cloches en retard, il doit veiller à ce que l'office se déroule plus vite. Une fois l'appel fait, il rallume les lampes de l'église, du dortoir et du cloître.

Le sacristain est également responsable de la propreté des linges sacrés utilisés à l'église et de la tenue des autels. Il surveille aussi la confection des hosties par deux moines qui lui servent d'aide. Enfin, il fabrique les cierges et les place où ils sont nécessaires : église, réfectoire, cloître, infirmerie,….

Sacristain
L'infirmier          
                         

"Avant tout et par-dessus tout, on prendra soin des malades, et on les servira comme s'ils étaient le Christ en personne " (RB, 36,1)

InfirmierL'infirmier

Le terme de "malade" ne désigne pas seulement les personnes atteintes de maladie ou ayant eu un accident. Il désigne aussi les personnes âgées ou usées moralement.
L'infirmier est généralement un rebouteux et peut soigner certaines fractures et plaies. A partir des herbes du jardin pharmaceutique, il prépare aussi des tisanes et des lotions.
Il installe le moine malade dans un lit de l'infirmerie et lui amène ses affaires. Il s'occupe de leur lessive et leur apporte la nourriture venant du réfectoire. Lui-même ne mange pas à l'infirmerie mais au réfectoire avec les autres moines. Enfin, il doit également veiller à ce qu'un moine ne meure pas sans avoir reçu les derniers sacrements.

 

La maladie

Les conditions de vie à l’abbaye étaient très dures : on ne mangeait pas de viande, les pièces n’étaient pas chauffées, on dormait sous les toits,…Les moines tombaient donc facilement malades et ne vivaient pas très vieux.

L'infirmerie est un petit monde en soi. Les règles y sont moins strictes. Les malades reçoivent l'autorisation de manger de la viande de quadrupède, ce qui est interdit aux moines valides. Les lits de l'infirmerie sont un petit peu meilleurs que ceux du dortoir. Rien à voir cependant avec nos lits actuels! Durant les heures d'offices, un des malades chante pour ses compagnons. Le samedi, l'infirmier lave les pieds des malades, rappelant ainsi le geste du Christ lavant les pieds de ses apôtres.

La mort

Lorsqu'un moine approche de la mort, l'infirmier doit veiller à ce qu'il reçoive les derniers sacrements. Il trace sur le sol une croix en cendre. Au dessus, il place de la paille et un gros drap. Ensuite il appelle les moines qui sont à proximité au moyen de la tablette du cloître. Les moines qui sont plus éloignés sont appelés par les cloches de l'église.

Une fois les moines rassemblés, ils se rendent en procession à l'infirmerie. En tête du cortège se trouve la croix. Ensuite viennent l'abbé, un moine portant une lampe et l'eau bénite, le sacristain avec l'huile pour l'onction et les moines de la communauté.

Lorsque la procession est arrivée à l'infirmerie, le moine mourant se confesse à l'abbé. Les moines, comme tout homme, pèchent par leurs cinq sens. Pour cette raison, l'abbé applique de l'huile sur ses yeux, ses oreilles, ses lèvres, ses mains et ses narines. Il purifie ainsi les parties du corps par lesquelles le moine a péché. Après cette onction, si le malade est encore conscient, il récite le Credo et reçoit la communion. En lui donnant l'hostie, le moine dit : "Que le corps de notre seigneur Jésus-Christ garde ton âme pour la vie éternelle". Puis le malade fait le signe de croix.

Lorsque le moine meurt, son corps est emmené dans une pièce voisine : la salle des morts. Là son corps est lavé, puis vêtu de sa coule et ramené à l'infirmerie. Une nouvelle procession amène son corps à l'église où il est exposé pour être veillé. Une messe est dite en son honneur puis son corps est emmené dans le cimetière où il est enterré sur un simple brancard. Les moines ne quittent le cimetière que lorsque sa tombe est comblée.

                         
L'hôtelier            
                         

"On recevra comme le Christ lui-même tous les hôtes qui surviendront" (RB, 53, 1)

 

L'abbaye a un devoir d'accueil. Elle dispose donc d'une hôtellerie. Le moine hôtelier est chargé de nourrir et loger les hôtes. Il est également chargé de discrètement les surveiller. Les moines accueillent volontiers les voyageurs mais ils n'ont pas pour autant une confiance aveugle en eux.

Hôtelier  
                         
Le portier            
                         
Le portier est chargé de l'accueil, du contrôle et de la bienfaisance à l'égard des personnes qui se présentent à l'entrée de l'abbaye : la porterie. Il transmet les messages et se charge également de l'aumône aux pauvres: il leur donne du pain, des vêtements et les chaussures usagées des moines. La nuit, les portes sont fermées à clé, et des chiens sont lâchés dans l'enceinte tandis que le portier rejoint ses frères au dortoir.
Portier  
   
Haut de la page